- « Tu ne bois pas ton café, chéri ?
- Il est trop chaud ! » rétorqua-t-il de ce ton sec et cinglant qui le caractérisait. « C’est quoi cette odeur d’amande ?
- C’est le sucre. Il est aromatisé. Je me suis dit que tu aimerais ça. Tu aimes bien les amandes. »
Elle regarda son mari. Il était tôt. Il venait de se réveiller et il était encore endormi et peut-être un peu fatigué après tous les coups qu’il lui avait portés hier soir. Son visage était intact. Il évitait soigneusement de cogner à cet endroit. En revanche, ses bras, ses jambes et ses côtes étaient endoloris et la faisait souffrir. Comme d’habitude elle prétexterait auprès de ses amis qui commençait à s’inquiéter de sa santé fragile, une grippe récalcitrante, une mauvaise chute ou toutes autres circonstances qui justifierais son absence et sa mauvaise santé. Mais elle commençait à être à court d’arguments.
- « C’est quand même bizarre cette odeur d’amande », insista-t-il.
C’est le problème avec le cyanure, pensa-t-elle. Cette foutue odeur d’amande amer. Elle en avait peut-être un peu trop mis. Elle avait lu quelque part que quelques gouttes suffisaient à provoquer le blocage d’un enzyme – dont elle ne se souvenait pas le nom – qui était apparemment essentiel au bon fonctionnement de la chaine respiratoire. Le sujet qui ingurgitait le poison faisait de l’hyperventilation dans les secondes suivant l’inhalation puis perdait connaissance avant d’avoir des convulsions et finissait par mourir d’un arrêt cardiaque. Quelques gouttes seulement. Par mesure de précaution, elle avait versé toute la fiole. De toute façon, elle n’avait pas l’intention de s’en servir à nouveau et il y avait de forte chance que la suite des événements ne lui en laisse pas l’opportunité.
Franck porta la tasse de café à ses lèvres. Rosa, regarda son mari intensément. Elle osait à peine respirer. Il souffla sur le breuvage, puis le fit tourner dans la tasse comme si ce petit mouvement circulaire avait des propriétés rafraichissantes.
Il la dévisagea d’un œil noir en pointant son index vers elle. « Je te préviens, s’il est dégueulasse tu vas entendre parler du pays ! »
Il huma une dernière fois le breuvage noir et fumant, puis avala une longue gorgée avant de reposer la tasse sur la table.
Rosa poussa un profond soupir, se leva de table sans demander la permission, cette fois, et n’eut pas un regard en arrière quand Franck s’effondra comme une masse sur le sol.
Elle poussa la porte de la salle d’eau. Aujourd’hui, elle allait se faire couler un bain et y rester toute la journée.